A l’ombre du chêne blanc 2
samedi 1er juillet 2006, par Lutin
J'aimerais me reposer à l'ombre du Chêne blanc, écarter les cuisses sans pudeur, tête au vent, un coquelicot à la bouche, une tache de sang à la place du cœur. J'aimerais déserter le monde des grands maintenant que la sève est montée en moi, tu sais celle qui perturbe la relation. Grand-père tu es poussière depuis que j'ai perdu mes cheveux longs ma peau fine et mes illusions. Je suis douleur quand je pose la main sur le muscle, à trop se débattre dans un monde qui n'est pas le mien il durcit, en feu éclate et se laisse mourir.
Profite disais-tu quand sous le ciel étoilé petits vacanciers nous courions l'ortie à la main. J'avais des ailes pour frotter les mollets de mon copain. J'avais la pédale ferme et le sourire éclatant sur ma bicyclette rouge la robe au vent quand dans le fossé il se retrouvait à plat ventre le nez dans le guidon. Au village ils disaient, elle tournera mal c'est un garçon manqué. Leur barbe blanche soutenue par leur canne frémissait, ils ne voulaient pas se l'avouer, nous étions leurs vacances. Nous nous moquions de leur vieillesse et je respectais la tienne dans les silences de tes yeux bleus, deux petits pois mi-clos à l'ombre de tes souvenirs. Sous tes moustaches tu cherchais derrière ma frange le regard du gamin insouciant. Grand-père j'étais ta jeunesse par procuration quand ton corps se frottait au combat et saignait à la guerre.
Il dort tu sais, il souffre d'un autre mal celui qui est mon autre jambe. Dans les blés nous refusons le pas en avant, à trop écraser le coquelicot le sang monte à la tête. Gorgées du poison de l'ortie nos veines laissent couler la racine, celle qui doit accrocher le cœur. J'aimerais le conduire au puits, tu sais celui que je fuyais. Une légende terrible régnait sur la place du village, une sorcière de sa main crochue raflait la tête de l'enfant qui osait affronter son regard. Je l'ai affronté souvent un bond en arrière dès que le froid parcourait la naissance de mes seins. A vivre dans le noir elle ne verrait pas les yeux de l'enfant mais le corps d'homme, son crochet croiserait le fer du bleu acier, le pacte du diable serait enfin noyé au fond du puits. Crois-tu que cela lui rendrait sa jambe, le muscle qui me fait tant mal en serait-il attendri.
La sorcellerie enfin levée, j'aimerais me reposer avec lui près de ta cheminée, là où nous faisions griller les châtaignes. Cette femme tiendrait dans sa main la racine vivace d'un avenir, entre ses cuisses une main protectrice.
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