Ecrire

Ecrire

lundi 15 mai 2006, par Aegimios Enregistrer au format PDF


Ecrire !
Encore et toujours écrire.
Ne jamais laisser la plume se reposer. Celle-ci doit écorcher le papier en permanence, l'égratigner jusqu'à le faire saigner, le faire saigner jusqu'à le faire hurler. Toujours noircir le blanc trop parfait de la feuille, y incruster ses doutes et ses angoisses, la parsemer de quelques tourments.

Oui, écrire !
Ne jamais délaisser le burin qui cisèle nos fantasmes. La main doit rester alerte ; le poignet flexible, toujours en mouvement. Si la rage du vécu vient à transpercer la feuille, la jeter à la poubelle et recommencer à tisser les maux sur une autre. Si les larmes viennent à diluer nos vers, là encore, tout recommencer.

Ecrire est ma condamnation.
Ecrire est ma libération.
J'éjacule des mots pour enfanter de quelques textes mort-nés. Je suis le patriarche absolu qui accorde ou non le droit de vie à sa progéniture. Nombreux sont les fœtus avortés qui s'accumulent au fin fond de ma corbeille. Elle est le cimetière de mes frustrations. J'en suis le fossoyeur. Des cafards se promènent parmi tous ses cadavres embaumés aux idées noires.

Ecrire !
Courir sur les lignes en sachant qu'il n'y aura pas la ligne ultime, celle de l'arrivée. Courir tout de même par nécessité absolue. Les seuls spectateurs sont les souvenirs. Ils sont amassés là. J'en fauche parfois un sur mon trajet. La faux de mon stylo le happe pour l'emmener dans ma course. Il se débat, enchaîné. Je le traîne sans pitié. Quand il tombe épuisé de fatigue, je le relève sans ménagement Avec un peu de chance, il finit par mourir. Je l'abandonne derrière moi, carcasse pourrissante sous le soleil de ma réalité.

Oui, écrire !
Me noyer dans l'encre de mes nuits repeintes.
Tenter d'aspirer une goulée d'air avant l'engloutissement. Mes lettres laissent filer des filaments de pleurs lunaires.

J'écris.
La pointe acérée du stylo vient me pourfendre le cœur.

Je m'écrie.
Ecrire est ma condamnation.



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2 réaction(s) sur ce texte


  • Ecrire 11 novembre 2009 05:16

    Il est incompréhensible de ne trouver aucune réaction, aucun message, aucun remerciement sous ce texte magnifique. Même si je ne suis plus prolifique, je me retrouve tellement dans ces lignes. Ce don de vie ou de mort que l’on applique sur nos mots de façon implacable, tortionnaire, irrationnelle... Très bel hommage empli de justesse. Merci pour cet instant.

    Certains créateurs d’expressions magiques

    Transpercent nos cœurs de vers nostalgiques.

    Il est impossible que leurs mots martyres,

    Encrés dans nos têtes, s’abîment en soupir,

    Car lorsqu’un volcan nous crache son sang

    L’émotion défie les râles du temps...

    Tibou

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  • Ecrire 12 novembre 2009 19:13, par Maryse
    C’est vrai ce texte est merveilleux, écrit avec les tripes...

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