Le Vieux Poète (3)
mardi 3 novembre 2009, par Toni Cervantes
Pour que l’envie vous vienne de tirer le rideau,
Et,
je le comprends bien,
… Je rapporte, timide l’intermède heureux de cette retrouvaille,
que l’Antoine et Béa consommèrent tout doux du bout des lèvres,
Oui,
Du bout des lèvres
Un Génépi d’Armoises
§§§
La pièce démesurée est à l’usage du, tout salle à manger, salon pour l’écriture, cuisine autour du fourneau et pour le repos, au dos d’un rideau sombre de trop d’ombre que reflète la vitre de la fenêtre glauque abandonnée bien haut près du plafond enfumé, le lit
une merveille du genre où l’on s’endort d’un coup, la solitude aidant sous le baldaquin sans voiles qui veille.
Au salon d’écriture le désordre inspire, et le poète, sans mentir doit être à la hauteur du désordre des papiers chiffonnés qui s’ébattent sur le bureau Louis XVI, étonné d’être là à côté d’une armure visitée d’araignées laborieuses rarement dérangées par l’homme de ménage.
Les retrouvailles s’égaient.
Le nectar extrait de ces heureuses plantes des montagnes, concocté par le génie du berger de cette haute vallée, hallucine les tendresses ravivées.
Le flacon secoue la liqueur en rafales guidées d’agitations félines, réservées jusqu’alors, qui s’éclatent d’éclairs d’yeux et de voix dont les distractions incontrôlées poussent l’image à l’extase de l’animation.
Autour de la table massive, les deux tabourets, en un choc final, s’immobilisent, abandonnés …
Le silence qui, comme temps de brumes incessantes règne d’habitude au dehors et à l’intérieur du Buron,
Ce silence n’est plus que musique de soupirs éclaboussant chaque parcelle du rideau qui n’en croit pas ses fibres de coton tissé qui s’ébrouent en ondulations comme vagues de houles sur la mer démontée.
La table de chevet que je découvre tremblante, allume l’ampoule de la lampe au rythme du tic et tac de l’interrupteur bringuebalé tel un pendule.
La nuit ferme son ciel en partant, la lune tamise ses clartés blanches
Le bonheur se serait glissé non loin du lit…il aurait élu domicile au Buron de la garde pour longtemps dit-on de source sûre…
Au Bourg, en bas on conte la nouvelle, le regard levé dans la direction du sommet,
vers La Garde
(4) Le Vieux Poète…. Peintre !
On conte la nouvelle,
Les yeux levés dans la direction du sommet,
vers La Garde
§§§
La vallée d’en haut couve son torrent endormi sous un manteau de neige,
presque névé solitaire qui s’évanouira au mois de mai.
Le Drac blanc s’écoule sans fureur.
De la léthargie hivernale, l’animal renaîtra évoquant aux roches, les airs de la nature enchanteresse qu’à la fraîcheur de son cours il transporte dans la vallée
Et
plus bas, par-dessous le pont vieux là, où il inondera le parc.
Comme chaque année, les allées des bosquets de noisetiers reverdiront leurs berges de ruisseaux évaporés, sous les tendresses répétées des soleils vifs d’envies de recolorer les recoins des souches.
Comme à chaque printemps, les mottes flétries hérissées de lances dressées, seules rescapées des bouquets d’oseilles sauvages, s’étofferont et s’égaieront des ébats des bergeronnettes, sous les regards curieux des promeneurs.
n Ainsi de jour en jour, s’égrènent les paysages et les saisons.
Rassurées, les pages de mes mots, encrées de sons, de couleurs et de signes, recouvrent l’esprit
à chaque fin de chapitre.
A chaque rime, libre de résonner selon son caprice de dire le temps,
les choses de la vie roulent comme galets sous l’ondoiement du flot hors l’idée de l’ennui,
modelant sous les lumières,
leurs formes en la fantaisie d’être, ni tout à fait les mêmes ni tout à fait les autres
n Ainsi s’additionnent les jours,
comme s’échangent les tendresses au Buron éclatant d’une vie d’allégresses,
d’humeurs gaies rayonnant de la cave au grenier, de la digue au jardin,
De l’Antoine à Béa
Le vieux poète a remisé sa solitude de campagnard acerbe.
Il a révisé la musique des petites voix qui en brumes d’étoiles lui dérident le front et désépaississent ses sourcils de paysans bougon.
Il affine son sifflet qui l’épate d’accorder* les quatre saisons de Vivaldi* à l’appel du bétail,
Quand, perce le jour au travers du rideau de frênes.
L’endroit est féerique, couvé dans les végétations, saupoudré des pluies célestes de l’irréalité qui perle à chaque pousse
C’est l’harmonie pastorale, une renaissance…
… secrètement les elfes de la nuit théâtralisent les scènes de vie du couple idyllique.
L’excellence a ravi au ciel la sérénité, à la nature la pureté, au futur la félicité.
§§§§
Un rai de firmament cligne la clarté d’une ultime aube naissante.
A la page illustrée des automnes, d’un temps dessiné de mélodieuses figures d’arbres, de ruisseaux, de chemins, de bruyères, de fleurs, de chants et de silences, un souffle respire.
Des balbutiements soupirés, me parlent …
La liasse ficelée de papiers jaunis, chutée d’un coup d’une secrète cachette, palpite entre mes doigts fébriles.
Ce trésor mijote dans le fouillis de ma mémoire le dernier épisode choyé au cœur de ma discrète passion
Sachez mes amis que la modernité ne relate que tardivement les faits divers, s’en glorifiant pour sa peine en parades multiples dites généreuses, le plus souvent.
Au Buron de la garde, les visites s’organisent pour honorer le site d’une authenticité,
pure et simple
§§
Le bonheur ne s’attarde pas plus qu’il ne faut, occupé qu’il est dans son périple auprès des âmes méritantes.
La page tournée…la vie continue !
Mais revenons, à l’Antoine !
La fin est sans histoire,
La fin est renouveau des moments d’un passé griffonné à la hâte en quelque endroit qu’il vive dans sa précipitation de retenir chaque parcelle de vie, chaque titillation de narine
au gré des parterres de digitales traversés, et de toutes imprégnations intuitives de l’espace montagneux
Ses ultimes pensées, consacrées à sa Béa, courent encore sur le chemin de l’endroit au coin des mousses, sous le chêne désormais presque mort ….
C’était la toute première fois !
§§§
Le vieux poète récite son temps du bonheur qui s’effaça un jour de la triste fin de l’automne dernier …
Le vieux poète, au peintre qui l’habite lègue sa réalité, l’ultime trace incarnée, le signe… !
Au pied de l’arbre, le chêne gîte du pivert qui l’accueille, il dépose son fardeau.
Le chevalet déballé, prend la pose.
Un vent léger frissonne qui caresse le lin étalé en son cadre format paysage,
Tournant le bois au vide qui étale sa démesure d’air, de ciel et de montagne,
Sur le fond de la scène du théâtre de nature.
Le paysage s’empresse tout autour,
S’insinue en parfums glanés dans la vallée
Le calme caresse les silences évocateurs des frondaisons en bougeotte,
Verdoyantes du clair au luisant de la nuance émeraude.
Les matinées, d’un printemps naissant des dernières rafales de l’hiver,
Explosent de lumières en ondées de jaunes orangés qu’il avale des yeux,
Posté en ce nid de verdure, calé au pied de l’illustre dolmen de bois
Le relief échancré, découpe la nappe tendre-soutenu des feuillages.
En limite du ciel, ils mesurent les pics encore blancs des neiges de décembre.
Alors que le firmament se creuse de longues failles ambrées
Soulignées de dépressions brunes qui s’estompent à mourir derrière les puys,
Il a le geste qui brille de l’éclat du couteau indocile,
Qui s’accélère en lignes courtes et vives de couleurs appuyées …
Un aplat développe le gris foncé de sa trace, encercle un rond blanc de toile où naîtra… ?
…La lune !
…non … à cette heure les pics dévorent ses rondeurs voilées de brumes,
elle quitte ce jour s’apprêtant pour la nuit à venir.
…Le Soleil !
…non plus … ses débordements éclaboussent les couloirs du ciel…
…mais le cœur n’y est pas, l’ardeur de ses éblouissements pointe à peine.
…Alors, un ange des montagnes avec sa bouille de poulbot et deux ailes discrètes !
Rien de tout cela n’est apparu !
L’esprit ainsi s’anime,
Qui se joue de la pensée,
Qui sous l’envoûtement de la nature,
Extirpe des images troublantes, imprévisibles !
Devant ses yeux conquis par la lumière qui danse,
Heureuse de rassembler mille sujets habiles dans le champ de ses sens,
Le caprice d’un ailleurs vibre et l’enivre.
Dans le soyeux de l’âme séduite par l’état d’un sentiment irrésistible qui l’envahit,
l’instant s’ensommeille…
L’esquisse d’un corps née, l’enveloppe sublime d’une passion caressée s’éveille,
Un portrait sans visage,
Un masque étincelant intégrant la blancheur,
Demeure sans la vie d’un signe à forme humaine,…
Rien,
Rien des yeux ni d’une bouche en lèvres estompées…
…mais,
au bas de la toile…subrepticement présent,
Le corps intégré aux rameaux du parterre de bruyère en limite du vide.
L’irréalité est subtile leurre de l’inspiration !
L’irréalité du beau émerge … peut-être n’est-elle que le caprice du rêve ?
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(5) Epilogue
La nouvelle rapportée par le berger me glace encore le cœur.
Tout estourbi, le pauvret ânonne la nouvelle, attristé.
Au matin de la Saint Jean, passée la fontaine, frôlé le cèdre ( compagnon du vieux poète) je me suis avancé jusqu’au seuil de la porte d’entrée, entr’ouverte comme à l’habitude.
Aucun aboiement du chien Renaud.
Au Buron de La Garde, les volets décatis de la fenêtre étaient clos tant bien que mal.
Des gémissements, comme des pleurs d’enfant m’intriguèrent…. J’enjambais la lause calée au bas de la porte, ** le frottement au sol jouait le rôle de sonnette **, avalé par l’obscur présage de ce matin naissant.
La grande pièce s’offrit sans s’éclairer davantage.
Renaud, se lamentait au pied du lit.
L’Antoine, sur sa couche en désordre reposait, les yeux mi-ouverts, en bonheur j’aurais cru !
De ses lèvres, s’évadait la trace d’un sourire.
Sa bouche, comme animée achevait le dessin d’un baiser …heureux… juste un au revoir.
Ses bras robustes enlaçaient, plaqué sur son torse, la toile peinte.
§§
Si vous flânez par-là, étrangers dans ce monde imprégné de l’ineffable essence du formel,
Intensément vivez le souffle de l’échange quand s’invite le seuil du Passé, au Présent !
Moi le félibre, je vous attends pour la prochaine veillée, au village d’en bas.
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