Tombeau pour un poète
Fédérico Garcia Lorca
samedi 1er novembre 2008, par smromans
(Assassiné et enterré là-bas où les oiseaux sont)
Vous qui passez au chemin bas
Je suis là-bas sous cette pierre
N’approchez pas n’approchez pas
Je ne sais plus ce que vos pas
Dérangeraient sous mon suaire.
Je suis là-bas dans cette terre
Bizarrement faite de moi
Je décompte des morts les effrois
J’invente de neuves prières
L’ange me dit que j’ai la foi.
Je suis là-bas J’attends J’espère
J’écris de mes romanceros
Les étoiles sur mon tombeau
Sèment leurs graines de lumière
Il pleut des larmes sur mes os.
Mes assassins ! Le temps efface
Jusqu’aux gestes jusqu’aux visages
Ils étaient vrais, ils avaient l’âge
D’effacer d’un homme la trace
De tourner d’un livre la page.
La mousse de mai semble douce
Comme la voix de mon aimée
Ou plutôt comme le baiser
De ses lèvres qui se retroussent
En une moue d’enfant gâtée.
Je la revois nue dans l’aurore
Sur le lit tiède de l’amour
Disant je t’aimerai toujours
Devant dieu et devant la mort
Dans l’incertitude des jours
Je vis très mal avec moi-même
J’ai réappris même à pleurer
La nuit est longue au condamné
Qui n’en finit pas d’espérer
La fin de son triste carême.
Vous qui passez au chemin bas
Je suis là-bas sous cette pierre
N’approchez pas n’approchez pas
Je ne sais plus ce que vos pas
Dérangeraient sous mon suaire.
Mais écoutez le vent chanter
Le vent souffler que je vous aime
Que chaque bruit de la forêt
Est de ma lèvre le poème
Est de mon amour le baiser.
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